A méditer…

[le] violon (…) est une métaphore pour moi de ce que j’appellerai l’ordre amoureux qui régit le corps.

Une âsana, une posture parfaite, peut aussi, lorsque nous la vivons dans le paradoxe de son immobilité vibrante, manifester cet ordre amoureux, nous le faire sentir au niveau du corps. Lorsque le chevalet du violon est déplacé d’un millimètre, le son en est cassé ; de même, dans l’ordre du corps, lorsque l’empilement vertébral se vit dans sa perfection, dans sa tension et sa détente maximale, il engendre cette sensation d’ordre amoureux, d’ordre parfait.

Il y a dans le corps une sensation aussi fugitive que l’éclair qui nous met debout, tendu et frémissant, à en mourir presque, comme l’est la corde du violon dans la fulgurante évidence : un instant de cette divinité. Dans la parfaite ordonnance des vertèbres, des tendons, des nerfs, se reflète un instant l’ordre du cosmos, cet ordre amoureux.

Christiane Singer – Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?

 

Une vieille légende hindoue raconte qu’il fut un temps où tous les hommes étaient des dieux. Comme ils abusèrent de ce pouvoir, Brahma, le maître des dieux, décida de le leur retirer et de le cacher dans un endroit où il leur serait impossible de le retrouver. Oui, mais où ?
Brahma convoqua en conseil les dieux mineurs pour résoudre ce problème.
-Enterrons la divinité de l’homme, proposèrent-ils.
Mais Brahma répondit :
-Cela ne suffit pas, car l’homme creusera et trouvera.
Les dieux répliquèrent :
-Dans ce cas, cachons-la tout au fond des océans.
Mais Brahma répondit :
-Non, car tôt ou tard l’homme explorera les profondeurs de l’océan. Il finira par la trouver et la remontera à la surface.
Alors les dieux dirent :
-Nous ne savons pas où la cacher, car il ne semble pas exister sur terre ou sous la mer d’endroit que l’homme ne puisse atteindre un jour.
Mais Brahma répondit :
-Voici ce que nous ferons de la divinité de l’homme : nous la cacherons au plus profond de lui-même, car c’est le seul endroit où il ne pensera jamais à chercher.
Et depuis ce temps- là, conclut la légende, l’homme explore, escalade, plonge et creuse, à la recherche de quelque chose qui se trouve en lui.

Régis AIRAULT. Fous de l’Inde. Prologue.